Épuisement professionnel
Burn-out

QU’EST-CE QUE LE BURN-OUT ?

Le burn-out peut être considéré comme un surmenage à tendance chronique qui est la conséquence de problèmes prolongés s’aggravant relatifs au rôle du travail.

Un burn-out est donc un trouble de l’énergie lié au travail qui se caractérise par trois sous-aspects :

  • épuisement émotionnel/mental : on se sent complètement à bout ;
  • dépersonnalisation : attitude distante et cynique vis-à-vis des personnes pour lesquelles on travaille ;
  • diminution des capacités personnelles : sentiment de ne pas être suffisamment compétent pour encore réaliser correctement son travail.

On dit souvent : « On veut, mais on ne peut pas (plus) ».

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PRÉVALENCE

Aucune étude n’est disponible au sujet de la prévalence du burn-out des médecins généralistes en Belgique. D’après une étude de 2010 réalisée à la demande du Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale (1), la prévalence du burn-out au sein de la population active belge s’élève à 0,8 %.

Une étude de la KU Leuven datant de 2015 (2) réalisée auprès de médecins et d’infirmiers dans des hôpitaux belges montre que 17,8 % des médecins en milieu hospitalier courent un risque réel de burn-out (épuisement émotionnel/mental élevé et dépersonnalisation forte ou capacités personnelles basses) et 5,4 % ont effectivement un burn-out (épuisement émotionnel/mental élevé et dépersonnalisation forte et capacités personnelles basses). 39,9 % déclarent être épuisés émotionnellement, 27,9 % signalent souffrir de dépersonnalisation et 15,3 % ont un problème de diminution des capacités personnelles.
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QUELLES SONT LES CAUSES POSSIBLES CHEZ LES MÉDECINS ?

  • Charge de travail trop élevée : consultation quotidienne d’un nombre trop élevé de patients, surcharge administrative,
  • longues journées de travail, trop peu de pauses intégrées pendant les périodes de travail
  • Manque de sommeil : ruminer, être de garde, etc.
  • Manque d’activités et de détente
  • Manque d’activités génératrices d’énergie en dehors du travail
  • Fait de ne pas inclure de vacances ou d’en intégrer trop peu
  • Surcharge psychologique/émotionnel : patients malades, collaboration avec des confrères qui ne fonctionne pas, etc.
  • Mauvais équilibre entre privé et professionnel
  • Manque de personnel et de moyens
  • Etc.

QUELS SONT LES SIGNAUX ?

Fatigue chronique, perte de concentration, mémoire défaillante, (crises d’) angoisses liées au travail, impossibilité de se détendre, nombreuses ruminations, indécision, tendance à être rapidement irritable, diminution de la confiance, procrastination.
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QUELS SONT LES PIÈGES POSSIBLES POUR LES MÉDECINS ?

Généralement, on peut affirmer que le processus de développement d’un burn-out se déroule souvent insidieusement alors que l’intéressé continue à nier pendant longtemps l’existence d’un problème. Ce déni de la part de l’intéressé constitue souvent une sous-partie de la problématique du burn-out : on continue jusqu’au moment où ce n’est vraiment plus possible. Les gens ayant un burn-out « s’écroulent » en général parce qu’ils ont voulu persévérer jusqu’au bout.

Aspects spécifiques pour les médecins :

  • Il est plus difficile de remarquer les symptômes chez soi que chez un patient
  • Avoir un effectif de patients trop élevé qui nécessite de longues journées de travail, refus de réduire progressivement ces dossiers ou de les partager pour différentes raisons : aspect financier, angoisses quant aux réactions des patients, sens du devoir, égaler ses confrères, etc.
  • Toujours persévérer pour ne pas abandonner ses patients
  • Ne pas oser prendre de vacances/du repos ou le faire trop peu
  • Ne pas adapter sa propre organisation de travail aux exigences changeantes du métier
  • « J’aime faire mon travail, je ne peux donc pas avoir un burn-out »

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COMMENT PEUT-ON ÉVITER UN BURN-OUT ?

Premièrement, le médecin doit être réceptif pour repérer les symptômes qu’il a développés. Consulter régulièrement un confrère médecin peut certainement y contribuer.
En cas de signaux, il ne faut pas attendre trop longtemps avant d’agir. En effet, d’une part, en cas d’intervention rapide, il sera possible de retrouver plus vite son équilibre physique et mental. D’autre part, on franchit imperceptiblement un point de non-retour et soudain, on « disjoncte » littéralement. Les répercussions à long terme pour soi et celles sur son travail sont alors beaucoup plus importantes et lourdes de conséquences.

    • Pour éviter un burn-out (imminent), il convient généralement d’adopter des mesures structurelles qui ne sont pas toujours évidentes pour un médecin :
    • Diminuer le nombre d’heures pendant lesquelles on est disponible pour les patients :
      • Diminuer le nombre d’heures de visite en travaillant davantage sur rendez-vous, ce qui permet d’inclure des temps de pause suffisants et d’arrêter à une heure convenable le soir (et s’y tenir)
      • Prendre plus de congés : plus régulièrement et plus longtemps
    • Rétablir l’équilibre professionnel-privé grâce aux plages horaires qui sont libérées :
      • Faire davantage d’activités avec sa famille ou ses amis
      • Pratiquer une activité physique à des moments fixes
      • Prendre du temps pour soi et faire des activités génératrices d’énergie que l’on aime
        • – Prévoir un soutien supplémentaire au travail :
          • Collaborer avec ses confrères et engager une secrétaire médicale pour les tâches administratives
          • Se joindre à une pratique de groupe
          • Passer au crible l’organisation de son propre cabinet pour en augmenter l’efficacité
          • Suivre des cours de gestion du temps et d’assertivité
          • Intégrer un groupe d’intervision
          • Demander/intégrer des confrères supplémentaires

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QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES ?

En cas de burn-out, il est question d’un surmenage de longue durée lié au travail qui mène à un dysfonctionnement. Ce problème se traduit par une incapacité à se concentrer, le fait de commettre rapidement des fautes, une attitude distante, des angoisses, le fait de ne pas être en mesure d’entreprendre des actions, de la mollesse, voire une impossibilité totale de sortir de son lit et une incapacité de travail temporaire complète.

Plus on laisse le problème s’installer, plus le rétablissement sera difficile. Comparez le burn-out à un élastique que l’on étire encore et encore. S’il est étiré trop fort, il ne récupèrera plus jamais sa force initiale, son niveau d’énergie ni sa flexibilité. Dans ce cadre, prévenir et agir structurellement à temps est donc préférable à guérir.
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QUEL EST LE PLAN DE TRAITEMENT POSSIBLE QUAND ON SOUFFRE D’UN BURN-OUT ?

Le premier et principal conseil en cas de (soupçon d’un) burn-out est de consulter un confrère médecin qui a une expérience du phénomène. À cette fin, vous pouvez également faire appel aux médecins de confiance de MÉDECINS EN DIFFICULTÉ. Un autre médecin :

      • analysera plus objectivement les faits, pour que vous ne vous empêtriez pas dans vos « failles » ;
      • peut examiner avec vous la façon dont vos confrères peuvent prendre en charge vos patients en cas d’incapacité de travail ;
      • peut étudier avec vous les mesures structurelles qui peuvent être prises dans le domaine du travail pour le rendre de nouveau supportable et faisable ;
      • est une oreille attentive et peut vous encadrer jusqu’à la reprise du travail ;
      • peut éventuellement vous orienter vers d’autres dispensateurs de soins spécialisés (psychologues, etc.).

L’accompagnement personnel dans le cas d’un burn-out doit être établi en fonction de l’intéressé. En effet, le processus de récupération d’un burn-out est un processus intensif de conscientisation, d’individualisation et de croissance, extrêmement personnel. Ce rétablissement nécessite une approche et un accompagnement intégraux harmonisés au patient et à son entourage, dont le déroulement et les points d’attention peuvent varier d’une personne à l’autre. S’arrêter sur ce qui donne sens et (re)trouver l’espoir sont les principaux piliers du trajet d’accompagnement.

L’accompagnement personnel en cas de burn-out peut par exemple se présenter comme suit :

      • a) Récupération physique : retrouver de l’énergie
        • Repos : la récupération s’effectue parce que les glandes surrénales sécrètent de la DHEA (déhydroépiandrostérone) qui nettoie pour ainsi dire les déchets engendrés par le stress. Intégrer consciemment des moments de récupération en intercalant régulièrement des pauses contribue à réduire le niveau de stress. Les exercices de respiration de « cohérence cardiaque » produisent le même effet.
        • Activité quotidienne à l’extérieur se renforçant lentement et des exercices de détente physique
        • Trame jour/nuit fixe
        • Soins personnels : manger suffisamment et sainement, avoir des habitudes saines en matière de sommeil, etc.
        • Faire des activités génératrices d’énergie et ne pas s’épuiser davantage sur le plan mental
        • Prévoir de l’aide supplémentaire dans son ménage
      • b) Rétablissement cognitif :
        • S’occuper de façon créative : bricoler, dessiner, colorier, peindre, faire de la poterie, tricoter, etc. Ces activités touchent l’hémisphère droit de notre cerveau et déchargent ainsi l’hémisphère gauche surchargé.
        • Psychoéducation : les personnes qui se plaignent à cause du stress trouvent souvent leur compte dans la psychoéducation qui leur permet de comprendre leurs problèmes, mais surtout qui leur donne une idée de la façon dont elles peuvent aborder leur situation pour retrouver le contrôle et leur prise sur leur vie
        • Psychothérapie psychodynamique (d’inspiration analytique) : l’objectif est de tenter de repérer, par exemple, un conflit inconscient entre notre idéal et la réalité de nos limites personnelles
        • (auto)acceptation et indulgence : pleine conscience et autres exercices de relaxation mentale
        • Recadrer les pensées inutiles et les remplacer par des pensées positives constructives
        • Mindfulness : être « ici et maintenant », apprendre à accepter les émotions difficiles comme une partie de la vie sans juger
        • Dresser la liste des qualités principales du médecin, en tant qu’homme et que professionnel
      • c) Changement de comportement
        Inviter et stimuler le médecin à examiner comment il envisage la situation quand ses problèmes seront résolus et analyser la situation actuelle pour déterminer s’il existe des moments qui ressemblent, même légèrement, à la situation désirée. Ensuite, il convient d’étendre ce comportement efficace et d’apprendre à l’appliquer plus souvent. Dans cette optique, les mesures suivantes peuvent être adoptées :

        • Apprendre à (re)connaître ses propres limites et y veiller ; apprendre à dire « non »
        • Apprendre l’auto-respect
        • Réexaminer ses valeurs, objectifs de vie et priorités pour parvenir à un changement de comportement
        • Réorientation (partielle) de l’activité professionnelle en fonction des objectifs de vie définis comme étant essentiels.
      • d) Nouvelle analyse du système social
        Un médecin ne travaille pas sur une île, mais au sein d’un système social composé d’une famille, d’amis, de confrères, de patients, etc. On examine les adaptations nécessaires au sein du système social et les zones où se trouvent les ressources dans ce système. L’objectif est d’aspirer à un autre équilibre avec son environnement.

        • Fixer une nouvelle approche, organisation et de nouvelles heures d’ouverture avant de recommencer à travailler. Reprendre dans un cadre qui est exactement le même que celui dans lequel on a été malade peut uniquement mener tôt ou tard à une rechute.
        • Analyser l’organisation de travail avec l’aide de tiers/de confrères/du département des ressources humaines pour en augmenter l’efficacité et mettre en œuvre les adaptations nécessaires
        • Réexaminer la façon de travailler/de communiquer au sein de l’équipe (département, pratique de groupe, cercle de garde, etc.)
        • Occuper le temps récupéré avec des activités génératrices d’énergie
      • e) Réintégration après un rétablissement physique et mental suffisant ; uniquement si VOUS vous sentez complètement prêt, donc pas en raison de la pression exercée par les circonstances, les patients, les confrères, les amis et la famille, etc.
        • Se reconstruire lentement, surveiller ses limites et les nouveaux signaux d’un burn-out !!!
        • (re)prendre contact avec les confrères et aborder la réintégration : examiner les possibilités de collaboration et voir de quelle manière et à quel rythme les dossiers/patients peuvent de nouveau être assumés
        • Dresser une liste des facteurs à risque et des signaux et envisager une façon de procéder si des signaux émergent de nouveau. Il convient aussi de continuer le suivi/l’accompagnement par une personne de confiance après que tout est de nouveau en bonne voie et que l’on se sent « libéré » du burn-out
        • Suivre des formations complémentaires de soutien/réorientation

(1) Service fédéral public Emploi, Travail et Concertation sociale (2010), Recherche sur le Burnout au sein de la population active belge.
(2) Katholieke Universiteit Leuven (2012). Une étude sur le burn-out et l’enthousiasme chez les médecins et infirmiers dans les hôpitaux en Belgique.  Prof. Dr. Lode Godderis

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MÉDECINS EN DIFFICULTÉ est un point de contact central pour les médecins qui luttent contre des problèmes de santé psychique. Les médecins ou une personne de leur entourage peuvent prendre contact avec le chargé de mission du projet MÉDECINS EN DIFFICULTÉ.